De Tilcara à Salta, découverte du Nord-Ouest Argentin

Je me replonge avec délice dans cette aventure du bout du monde, de fin février dernier. Ce fut, enfin, après de longues années d’envies, la découverte du nord-ouest argentin. Dans mon esprit, cela allait être grandiose, magique, époustouflant, un coin perdu, à la culture différente, aux rencontres différentes. Et ce fut le cas. Quoiqu’un peu chamboulé aussi, mais c’est ça le voyage. Une expérience à vivre.

Cette région fut un énième coup de cœur (je ne les compte plus dans ce coin du globe!). Le nord-ouest argentin, c’est un peu le far west, ce sont des montagnes colorées, ocres, oranges, vertes, grises, une végétation cactée, des fêtes de village, des traditions et des costumes hauts en couleurs…un joyeux cocktail de couleurs et d’ambiances si particulières.

Vous commencez à en avoir l’habitude avec moi, cette aventure, comme tant d’autres qui sont les miennes, elle démarre à l’envers. Parce que je n’en n’ai fait qu’à ma tête, sans écouter la logique. Depuis Cordoba, le chemin le plus court aurait été de remonter au Nord, en passant, dans l’ordre, par Salta, Purmamarca, puis Tilcara pour enfin rejoindre le nord du Chili, comme prévu. Oui, mais moi je rêvais aussi de voir le carnaval de Tilcara, et si je n’y allais pas tout de suite, j’allais le manquer. Bref, j’ai fait le trajet à l’envers !

Carte du Nord Argentin

Un certain mercredi soir, me voici donc dans la gare routière de Cordoba, bondée. C’est la fin d’un week-end prolongé, et tous les argentins rentrent dans leurs contrées. Pour moi, c’est l’heure d’un nouveau départ, de nouveaux aux-revoirs et l’heure d’un nouveau trajet interminable en bus. Je prends celui en direction de Jujuy, où je devrais changer pour Tilcara. Je voyage de nuit, je dors tant bien que mal, je ne mangerai pas la nourriture indigeste du plateau repas que l’on me sert et prendrai mon mal en patience, jusqu’à apercevoir les merveilles du matin. On dit que le voyage commence toujours pas le trajet : oui. Avant d’avoir atteint mon point d’arrivée, je découvre déjà de nouveaux paysages par la fenêtre du bus (toujours choisir le siège tout à l’avant du bus, si vous le pouvez. Celui à l’étage, au dessus du chauffeur et devant la vitre. Un poste d’observation au top et le + confortable pour dormir aussi 🙂 !). Je vois défiler sous mes yeux des paysages inconnus et tellement différents de ceux que j’ai quitté la veille. Ici c’est encore plus sec, c’est coloré, et c’est plein de cactus. Déjà mes premières montagnes colorées s’offrent à moi. La population a changé aussi, les passagers du bus ressemblent davantage aux boliviens qu’aux argentins du sud, ils sont mates de peau, la peau burinée par le soleil, de tailles plus petite, des habits épais, dépareillés, chaud, colorés, ils ont une apparence plus pauvre. Et leur accent est différent. Toute une découverte, dans le bus déjà.
L’arrivée à Tilcara est sur le même ton : mini gare pour un mini village. J’ai passé une semaine dans la campagne (https://unmatindavril.com/2020/04/05/une-semaine-a-la-campagne-proche-de-merlo-et-la-paz-argentine/), mais la ville n’était pas bien loin…là ce n’est pas une ville. Les routes du villages ne sont pas toutes goudronnées, on circule dans la terre battue, les maisons sont basses, petites, tout est poussiéreux. Il y a un certain charme déjà, un goût de bout du monde, de coin paumé.


Je marche un peu pour trouver mon auberge, un peu excentrée. Je dois retraverser le pont qui marque l’entrée de la ville, puis l’unique carrefour avec la grande route, c’est dangereux, pas de passage piéton, encore moins de signalisation.. En face, une petite route qui monte mais ça ne semble pas être là. Je demande mon chemin et on m’indique de passer sur un petit pont d’appoint fait de deux planches surplombant un petit ravin, et de continuer tout droit dans l’herbe puis sur un chemin caillouteux. Ah. Donc pas de « vrai » route pour accéder à l’auberge. Les alentours sont déserts, je croise les doigts pour qu’elle soit bien ouverte. Je sonne, on vient m’ouvrir, ouf! J’ai changé de standing, mais c’est très chouette ! Une chouette petite maison, au sol en béton, aux murs peints, son dortoir de filles est un bordel monstre (elles sont + roots que moi..et ce ne sont quasiment que des bénévoles de l’auberge !) et les lits sont brinquebalants, les sanitaires sont dehors, mais on s’y sent bien. Le dueño est super accueillant, comme à la maison, un petit cocon de paix, loin des bruits du centre du village.

C’est donc parti pour de nouvelles explorations….et dégustations ! Et oui, je goûte enfin les empanadas (chaussons salés fourrés à la viande, aux légumes, aux fromages, pour ceux qui ne connaissent pas encore !) du Nord, décrites comme étant les meilleures du pays ! Elles sont plus petites, et fourrées à toutes les sauces, c’est divin, onctueux, soyeux, délicieux !

Première journée grise, mais cela ne m’empêche pas d’aller crapahuter afin d’avoir une jolie vue sur le village et les montagnes qui l’entourent. Et quelle vue, je suis vraiment au milieu des montagnes. Elles sont tellement différentes de ce que je connais, grises, rouges, parsemées de hauts cactus. Magique !

En redescendant de mon perchoir, mes pas se laissent guider par la musique que j’entends au loin, à la quête du carnaval et de ses animations qui débutent en fin d’après-midi jusqu’à tard dans la nuit. Je me retrouve sur une sorte de place (carrefour entre plusieurs rues donc!), au milieu d’un attroupement, dansant au cul d’une camionnette qui crache sa musique à l’aide de hauts-parleurs placés à l’arrière. Chacun tient son verre, voire son bidon d’alcool à la main, ils ont tous le visage recouvert de terre, peinture ou mousse (type mousse à raser), les enfants font des batailles de mousse tout autour de moi. Je reste à l’écart, le choc est trop grand (je ne sais pas à quoi je m’attendais..) et je crains pour mes habits.
J’apprendrais plus tard, que ces attroupements se déplacent dans le village en suivant les « comparsas de carnaval » (fanfares) qui vont d' »invitation » en « invitation », des maisons où les hôtes offrent aux carnavaliers (si si ça se dit!) de l’alcool à volonté. Il faut se munir préalablement d’un gobelet ou de tout autre récipient pouvant contenir ce précieux breuvage (biberons, bouteilles coupées, bidons coupés..sont les bienvenus!) et aller le plonger dans le tonneau de boisson devant la porte d’entrée. Quand ils sont à sec, ils changent de maison, et ainsi de suite jusqu’au bout de la nuit; voire jusqu’au petit matin. Sympathique ce rituel, mais difficile à comprendre si on n’est initié. J’ai goûté le fameux breuvage, une sorte de sangria blanche, très sympa.
Il y a aussi le fameux costume du diable, que petits et grands portent et avec lequel ils s’adonnent à des danses endiablées et des défilés dans le village, au son des fanfares, qui jouent, inlassablement (et toute la semaine), la même mélodie !! Je crois avoir compris que « el diablo » est déterré le premier jour du carnaval, pour festoyer avec lui, pour accéder à un total lâcher prise, une allégresse, une ivresse démesurée, puis il est de nouveau enterrée à la fin du carnaval et la fête est fini, jusqu’à l’année prochaine. On y retrouve aussi la symbolisation du soleil, de la Pachamama (d’où le fait de se tartiner de terre : symbole de purification).
Je m’éloigne de cet attroupement, sans avoir participé aux festivités, juste observé, pour tenter d’en comprendre les tenants et aboutissants. Plus tard, alors que je prennais le chemin du retour à l’auberge, en ressortant d’une boutique, je me retrouve à marcher dans le cortège qui suit les « comparsas ». C’est beaucoup plus festif tout d’un coup, et cela correspond même à ce que je connais du carnaval. Je les suis donc, j’observe toujours, je chantonne, je souris et ris avec eux, je photographie, je film, je m’imprègne du moment et je me laisse porter par la foule (pas comme dans les concerts, tout de même, un peu de calme !) . J’observe, oui, mais pas assez. Sans aucun signe précurseur, je me retrouve avec le visage recouvert de mousse. Je n’ai rien vu venir, et je vois plus rien, d’un coup. J’en ai partout, dans les narines, les oreilles, les yeux… c’est très surprenant et surtout assez désagréable. Comme quand on nous plonge la tête sous l’eau sans nous prévenir. Idem. Angoissant et étrange. Bon, j’ai été baptisée au Carnaval de Tilcara et mes habits aussi. Heureusement, j’ai évité la terre et la peinture. Pas agréable, mais j’en rigole et je repars de plus belle.

Quelle frustration de ne pas pouvoir vous faire écouter la musique ici, mais je vous invite à visiter YouTube pour quelques exemples, ou à me demander 🙂

Le carnaval a lieu chaque année, fin février, pendant une semaine (rien que ça !), dans les rues de tous les villages se situant dans la province de Jujuy et plus spécialement, le long de la Quebrada de Humahuaca (faille rocheuse). Je n’ai pas vu l’ouverture et la clôture des festivités, qui doivent être spectaculaires et grouillantes de vie, et durant la semaine c’était plus calme, mais déjà assez remuant pour moi.
Ma petite âme écolo en a pris également un petit coup : en pénétrant dans ces villages, ce sont des montagnes de déchets qui recouvrent les sols, déchets majoritairement constitués de bouteilles d’alcool et bonbonnes de mousse…j’espère qu’ils ramassent après les festivités, mais j’ai de gros doutes.

Remise de mes premières émotions, le lendemain je prends la route de Humahuaca, petit village me permettant d’accéder, en jeep touristique (mais on peut le faire en voiture individuelle pour -beaucoup – moins cher, et le chemin est praticable contrairement à ce qu’on entend. Il faut juste gérer les virages de montagne), à La Serranía del Hornocal ou Cerro de los 14 colores (montagne aux 14 couleurs). Sublime ! Je n’ai pas compté les couleurs, mais leur effet était bien là ! Le poste d’observation est situé à 4350m d’altitude. On peut redescendre pour aller observer d’un peu plus près. Descente est synonyme de (re)montée, pour revenir au point de départ….c’est maintenant qu’on sent l’altitude. C’est difficile de remonter, on voit tout le monde peiner, se tenir les côtes, faire de longues pauses pour reprendre son souffle. Moi, j’avais le cœur qui cognait dans ma poitrine et dans mes tempes, le souffle court, les cuisses lourdes et j’ai déclenché un gros mal de tête, qui ne m’a plus quitté jusqu’au soir, et tout ceci malgré le fait d’avoir pris des bonbons de feuilles de coca pendant le trajet en voiture (ça ne fonctionne pas, j’aurai dû tester directement les feuilles fraîches!).

Mur à Humahuaca – lutte contre les violences faites au femmes. Partout, toujours et encore !

Sur le retour, je poursuis avec une autre merveille naturelle : la Quebrada de las Señoritas. Un sublime mélange de couleurs entre la roche rouge, la végétation verte, les cactus et le ciel bleu. Je vous laisse en juger sur ces photos, je n’ai plus les mots.

Le jour suivant, c’est un autre type d’aventure qui m’attends. Je m’en serai bien passé, mais cela fait partie des voyages au long cours.
Je me réveille fébrile, la gorge très prise et pleine de points blancs… oups, ça sent l’angine à streptocoque ! Alors, visite du jour : l’hôpital de Tilcara. Oui, il y en a un. Il est tellement petit (également une « maison » de plein pied) que je ne l’avais même vu la veille. C’est d’ailleurs plutôt un centre médical, voire une permanence, qu’un véritable hôpital. Enfin, j’espère. Je me rend à la « guardia », le bureau des permanences donc. Je donnes mes coordonnées, mon passeport et on me fait patienter devant la porte, avec une dizaine d’autres personnes avant moi. Je suis reçue à peine 3 minutes par une médecin, qui me prescrit des antibiotiques….que j’irai chercher dans la pièce d’à coté, qui est la pharmacie. On me donne mes médicaments gratuitement et sans l’emballage, sans doute pour éviter la revente illégale..(?). La consultation et les médicaments sont gratuits, et j’apprends que dans le domaine publique, c ‘est comme cela pour tout le monde, résidents ou étrangers. Bon, ça m’aura pris une demi-journée, et plusieurs autre jours à traîner cette angine…

Mais cette satanée angine ne m’empêchera pas de découvrir d’autres coins, bien qu’elle me ralentisse et me prive d’une chouette randonnée de 4 heures à la « garganta del diablo » (en parlant de gorge tiens !). Je prend donc la direction de Purmamarca le temps d’une après-midi. J’y arrive en plein pendant le cortège des « comparsas », et je me fais de nouveau asperger avec la mousse. J’y suis habituée maintenant et surtout, je sais que ça ne tâche pas les habits 😉

Le but de ma visite était de faire le tour de la montagne colorée de Purmamarca, par le « paseo de los colorados ». Petit sentier d’une heure, qui offre de superbes points de vue sur cette montagne aux multiples facettes et couleurs. Cela invite à la méditation, à la contemplation.

Je n’aurais pas vu non plus les Salines (salinas grandes) qui se visitent au départ de Purmamarca. C’était un choix, puisque mon chemin me mènera quelques jours après au Salar d’Uyuni en Bolivie (–> teaser!!).

SALTA

Je termine cette boucle en visitant Salta, la linda (la belle) ! Cette jolie ville regorge de magnifiques églises et édifices coloniaux, aux couleurs folles. Alors à Salta, j’ai visité des églises, passé du temps dehors, sur les places, à manger des empanadas, suivi un « free walking tour », visité le musée d’archéologie présentant des spécimens de momies, le musée du général Guëmes, le cabildo.

[J’ai également visité son hôpital public. Oui quand les soins et les médicaments sont gratuits, ça ne fonctionne pas du premier coup. Cette fois-ci j’ai eu la totale : tests de la fièvre et de la respiration à cause du corona qui commençait à arriver, radio des bronches, prise de sang…tout ça pour être, 3h30 plus tard, de nouveau sous antibiotiques.]

Je ne peux que recommander le nord-ouest argentin, un mélange de couleurs et ambiances vives. Moi ? J’y retournerais bien vivre encore d’autres aventures, dont un road trip autour de Salta !!

Cariños,

Marine


4 réflexions sur “De Tilcara à Salta, découverte du Nord-Ouest Argentin

  1. Quel plaisir de lire toutes ces aventures vécues accompagnés de sublimes photos plus belles les une que les autres. Même si je suis impatient de la version audio :).
    Ces endroits donnent envie de s’y perdre merci pour ton super article. Et je tâcherai de ne pas oublier la mousse à raser le jour de ton retour maintenant que tu y es habituée 🤗

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  2. Époustouflant sur tout les plans !!! J’ai l’impression d’être à tes côtés, Marine, tant ta narration et tes photos sont « hyper vivantes ». Grand Merci d’enrichir nos horizons et de nous faire vibrer par-delà nos écrans inertes.

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