Une semaine à la campagne, proche de Merlo et La Paz – Argentine

Je reprend la plume (ou le clavier) pour vous conter la suite de mes aventures passées. Je m’étais arrêtée d’écrire à Buenos Aires, où j’avais passé 10 fabuleux jours.
Et bien, figurez-vous qu’après la capitale, je me suis retrouvée en pleine campagne ! On peut difficilement faire plus immersif… Quand j’ai dis à ma professeur d’espagnol que j’allais ensuite à Merlo, San Luis, elle ma regardé d’un drôle d’air et m’a demandé qu’est-ce que j’allais faire là-bas !

Vous souvenez-vous de Daniel, mon hôte de Bariloche ? Et bien Daniel il a beaucoup bourlingué avant de se poser pour quelques temps à Bariloche. Lors de ma visite chez lui il m’avait fait part du fait qu’il possédait une caravane, au Sud de Cordoba, entreposée sur le terrain de l’un de ses amis, un gaucho qui vit dans ses champs. Là-bas, Daniel y a également laissé ses deux chevaux.
Notre rencontre, et notre prise de contact via Couchsurfing, découlait de l’une de mes photos me présentant à dos de cheval, le pied bien positionné dans l’étrier, ce qui l’a interpellé. Il était donc dans la logique des choses qu’il me propose de monter à cheval.

C’est comme ça que Daniel m’a proposé que l’on s’y retrouve, pour monter à cheval et me montrer la vie d’un véritable gaucho ! Il a fait la route depuis Bariloche (quelque chose comme 18 heures de voiture!!!) et j’ai pris un bus de nuit depuis Buenos Aires jusqu’à Merlo, San Luis.
Il y a deux Merlo en Argentine, alors voici une carte pour que vous puissiez vous repérer.

Daniel m’a donc réceptionné à Merlo un jeudi matin, vers 7h30. Nous avions réservé un logement non loin du champ et à l’écart de la ville. C’était censé être une maisonnette privée, mais finalement nous nous sommes retrouvés dans une sorte de dortoir de camping « fait maison »…c’est à dire avec deux-trois parpaings empilés à la vas-vite, un toit en taule, deux fenêtres , deux prises et deux ampoules et …c’est tout. Le grand luxe, quoi ! Les douches et toilettes étaient dans un bâtiment séparé, comme au camping. Bon, le prix était d’environ 6 euros pour 3 nuits…donc voilà, on ne se pose pas plus de questions et on accepte. J’ai tout même eu un peu peur des punaises de lit et j’ai changé de lit en cours de route, juste au cas où. Mais j’avais un toit, des toilettes et une douche, alors tout va bien ! D’ailleurs, pour la petite anecdote, c’est bien la première fois que je me douche en compagnie de…crapauds ! Si si, ils venaient jusque dans le bac à douche ! Même pas peur, ils étaient bien passifs !

La porte de la chambre…hum!
Toilettes de camping..^^

L’après-midi, après une sieste plus que nécessaire, nous nous rendons au « campo » ( = champ, campagne). Je ne sais pas bien comment le traduire en français, mais c’est en quelque sorte une maison de « ferme » au milieu d’un terrain/champ. Ils vivent là, avec les vaches, poules, chevaux, chiens et chats. On est chez « le Tinso et la Vilma ». C’est comme ça qu’on dit ici pour désigner les personnes. Tinso, lui, est né dans cette maison, et il y est resté après la mort de ses parents pour reprendre le travail au champ. Il s’occupe de ses vaches. Et il faut le voir faire. Ici, pas besoin des chiens, c’est Tinso lui-même qui appelle ses vaches, depuis la maison, en faisant des petits bruits bien particulier, et elles comprennent que c’est l’heure de changer de carré d’herbe ! Excellent ! Et pourtant, je viens de la campagne, hein ! Mais c’était toute une expérience.
Vilma, elle, l’a rejoint ici il y a une dizaine d’années. Elle a deux enfants d’une précédente union, et elle cuisinait dans un hôtel auparavant. Son rythme de vie ainsi que sa qualité de vie a changé du tout au tout ! Mais ils se sont tous les deux attachés à la présence de l’autre, alors elle est restée. Mais elle m’a confié que ça n’a pas été simple. Et je veux bien la croire.
Moi, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse vivre dans ces conditions. C’est déroutant. Donc, je vous explique. Il y a à peine l’eau courante, et il faut qu’un camion vienne les approvisionner régulièrement pour remplir la cuve, l’électricité est limité et ils ont un groupe électrogène au cas où (entre-autre pour faire fonctionner une petite machine à laver le linge), il y a 4 plaques de gaz, mais la majorité des plats de Vilma se cuisinent sur le feu, dans une petite pièce attenante qu’ils appellent « cuisine ». Je n’ai pas pu y rentrer : c’est irrespirable, car la fumée ne s’échappe que par une petite fente..très lentement. Le premier repas que j’ai pu partager avec eux était une pièce de viande cuite sur une grille posée sur les braises à même le sol. C’est isolé et très rustique. La maison ne semble présenter due 2 pièces : la chambre du père de Tilson, qui est restée telle quelle, ne leur sert pas et une pièce à l’entrée avec des plaques de cuissons et une table. Ils ont leur chambre dans une autre bâtisse derrière. Et les toilettes, je ne vous en parle même pas.. J’ai testé et désapprouvé ! Sacré choc des cultures et habitudes ici !

Une chose chez eux m’a beaucoup choqué et embêté : les détritus. Ils laissent absolument tout traîner dans leur terrain, tout autour de leur maison. On y trouve vraiment de tout, des chaussures usées, des emballages de crème, des bouteilles en plastiques de lessive ou autre, du verre, des boites de conserve, et j’en passe. Je ne comprends pas comment on peut vivre en marchant continuellement et quotidiennement au milieu d’un tel nombre de déchets. J’en discute avec Daniel et il me répond qu’ici il n’ y a pas de ramassage car ils sont trop isolés, et qu’à moto ou à cheval c’est impossible d’amener ses déchets quelques part. Bon, je ne suis pas tellement convaincue de cette « excuse ». Mais je n’ose pas leur en parler, de peur de les vexer. Je suis chez eux, après tout ! J’observe, impuissante.

Le rythme ici est d’une lenteur !! Ils se lèvent très tranquillement le matin, à 11h c’est l’heure du maté et ensuite Vilma prépare le déjeuner. Je m’y fais, mais difficilement au début! J’ai envie de découvrir, de monter à cheval…je trépigne un peu. Mais ici, il faut vraiment patienter.
Alors, la première journée, je suis le rythme. J’observe Vilma faire sa lessive à la main, pendant que Tilson prépare le maté que nous allons partager. Je bois le maté avec eux. Mais j’ai du bien vite m’arrêter, car ils le boivent vraiment brûlant ! Ma langue n’est pas habituée à ça et plus rien n’a de goût ensuite. Eux, le trouvent encore froid et rajoutent des braises ! Sont fous ces argentins avec leur maté ! 🙂
Après le maté, il est temps d’aller ferrer Ali, l’une des juments de Daniel. Elle n’est pas montée d’habitude (et d’ailleurs pas complètement à l’aise aux trois allures!), alors il faut la préparer. Et donc, je patiente et j’observe. Nous partons ensuite pour une petite ballade. Je dois m’habituer à un drôle de matériel de sellerie que je ne connais pas encore : drôle de selle, cachée sous des couches de couvertures, une selle assez plate qui n’aide en rien à l’équilibre. Mais je m’adapte et je peux tout de même galoper !
Daniel m’emmène voire son terrain à lui, un terrain pour le moment laissé tel quel, sans construction, juste un portail en troncs d’arbres pour marquer l’entrée.
L’après-midi, c’est sieste puis de nouveau une ballade, avec retour de nuit. La nuit en campagne, c’est magique ! Il y a une multitude de lucioles qui volent entre les buissons et les arbres, le ciel est étoilé après nous avoir offert une belle couleur orangée.

Pour la soirée, nous nous rendons à La Paz, le village d’à côté. Il y a une fête sur la place centrale, avec un concert de rue et les terrasses des restaurants qui sont de sortie. Nous rejoignons un couple d’amis de Daniel.
Je n’écouterai pas trop la musique finalement. Non, parce que le couple est là avec ses 3 enfants, dont Naiara, une petite fille de 5 ans. Évidemment, tout d’un coup mes petits bouts de patients et les jeux que je peux faire avec eux, me manquent. Alors on s’apprivoise, et on joue ensemble toute la soirée.
Notre première journée chez les gauchos se termine vers 2h du matin. C’était intense et relaxant à la fois, voilà ma journée « typique ».

L’idée de ce séjour était également que j’aide Daniel à nettoyer sa caravane pour la vendre, et son terrain, pour le remettre un peu en état ; en échange de l’expérience ! Estuvo divertido ! C’étaient donc nos activités des jours d’après, entrecoupées de pauses maté y torta, de longues siestes et de petits tours à cheval. Il faisait une chaleur étouffante, n’aidant pas au travail manuel.

On est allé également faire un tour à Merlo, pour que je puisse visiter cette petite ville.

Et j’ai également dormi les 3 dernières nuits dans la caravane…expérience amusante (et pas loin de la claustrophobie la première nuit!) et enrichissante : comme quoi je peux vraiment vivre avec pas grand chose; même si tout de même un peu plus de confort, c’est appréciable.

Je devais rester 4 jours et je suis restée 6 jours. Nous en avons profité pour visiter le Museo Rocsen, sur la route entre Merlo et Cordoba. Pour moi qui adore chiner dans les marchés aux puces ou antiquaires, j’ai été gâtée.
Ici c’est un dédale de pièces, présentant toutes sortes de collections d’objets en tout genre, collectés par le propriétaire tout au long de sa vie. Tout est bien rangé par catégorie, les collections sont exposées du sol au plafond, pour le plaisir des yeux curieux. C’est un musée « multifacettes », et on comprends pourquoi. On y trouve vraiment de tout, de toutes les époques, de tous les domaines, en passant par les calèches, les animaux empaillés (ils n’ont évidemment pas été tués pour être exposés !), de vieux gramophones, de vieux appareils photos, en passant par des chaises de dentistes et autres anciens ustensiles de médecines, mais aussi des momies ! Incroyable! Mais je vous laisse juger par les photos, si tant est qu’elles puissent en transmettre quelque chose. C’était un endroit complètement irréel et hors du temps, où j’ai passé la demie-journée.

Il est bien difficile de résumer ce séjour à la campagne, j’y ai vécu de belles choses, mais tellement hors du temps que les mots usuels ne peuvent tout décrire. Je retiens surtout le rythme différent, l’accueil des gens, leur façon de parler différente de ce que j’ai pu observer à la ville. Je retiens les couchers de soleil de folie, les nuits étoilées et les colonies de lucioles éclairant notre chemin, ainsi que les tempêtes et les fabuleux éclairs zébrant le ciel, au loin. Je retiens la chaleur des premiers rayons du soleil du matin, quand la nature s’éveille, ces rayons qui viennent me réchauffer alors que j’écris tout en observant les animaux se réveiller. C’était paisible, serein, apaisant.

Réveil en douceur aux premières lueurs du jour…

Moi qui souhaitais des expériences hors du commun, en voilà une. Une immersion totale pendant 6 petits jours. Merci!

Daniel m’a ensuite emmené en voiture jusqu’à Cordoba, ou nous avons encore partagé quelques instants avant que nos chemins ne se séparent à nouveau.

Et pour la petite anecdote, à force de faire des câlins au chat, je suis repartie avec des puces..! Oups ! Mais rien de bien méchant, elles m’ont accompagnés jusqu’à Cordoba puis sont allées jouer ailleurs !

Take care, stay at home et cariños !!


3 réflexions sur “Une semaine à la campagne, proche de Merlo et La Paz – Argentine

  1. Bonsoir Marine,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir tous vos articles, c’était un bonheur de vous lire, j’ai pu ainsi découvrir les pays d’Amérique latine, que vous avez visités, vos expériences, vous m’avez donné l’envie de découvrir le continent sud américain.
    J’ai lu votre article concernant vos derniers jours en Bolivie et au Chili, vous avez vécu l’enfer. Je peux imaginer votre grande tristesse d’avoir mis fin brutalement à votre beau projet de voyage.
    À présent, je vous souhaite de tout cœur de pouvoir poursuivre votre découverte du monde au plus vite.
    Bonne soirée.
    Nathalie DUFRENE, ancienne collègue de votre super papa.

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    1. Merci beaucoup pour votre message et pour votre lecture assidue ! Ça me touche beaucoup et cela fait toujours plaisir de lire une « preuve » de l’intérêt que mes articles peuvent susciter 🙂
      J’espère aussi pouvoir bientôt reprendre mes aventures, là ou je les ai stoppé ou bien ailleurs, qui sait!
      Tout de bon à vous !!

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