Voyage et Corona ou comment ce virus a ruiné tout mon projet.

Bon. Tout est dans le titre, non ? Mais je suis certaine que vous voudrez savoir comment tout s’est déroulé, ce que j’ai vécu, comment je l’ai vécu, etc. Pour ceux qui ne savent pas encore, ou pour ceux qui ne se sont pas posé la question : je suis rentrée en France depuis avant-hier, mardi 24 mars 2020. Je suis chez mes parents, en sécurité, et confinée dans une chambre, pour tenter de ne contaminer personne. Je suis en bonne santé pour l’instant, pas de symptôme. Mais ayant passé plus de 24h dans les transports avec une multitude d’autres voyageurs, on ne sait jamais…

J’ai réçu une foule de messages pendant ces quelques jours forts en émotions, merci. Mais je constate avec amertume, que les informations en Europe ne sont pas bonnes : c’était la merde, aussi en Amérique du Sud, et ça l’est tout autant en Asie, encore ainsi qu’en Australie, Nouvelle-Zélande, des îles et j’en passe. Il n’y a pas que la France qui est en confinement. Il n’y a pas qu’en Europe qu’on est passé au télétravail. Si jamais.
Bon, ça c’étaient les infos de base, maintenant place à mon histoire.

Désolée, ça va être long. Mais comme on est confinés, ça vous fera de la lecture ! 🙂

Lundi 16 mars 2020

Le samedi précédent, je suis partie, avec mes amis Julie et Adrien, faire 4 jours d’excursion organisée dans le sud Lipez et le salar d’Uyuni, en Bolivie. Cela faisait une semaine que nous nous étions retrouvés à San Pedro de Atacama au Chili, et après avoir fait le tour du Salar d’Atacama (et non du désert..à voir dans un prochain article! ) nous embarquions pour une folle aventure ! Pour la petite histoire, nous y avons rencontré aussi Anaëlle et Pierre, un couple de Bretons. Je reviendrais sur les détails dans un article dédié.
Lundi, le réveil a sonné à 4h, pour un départ en jeep à 4h30. Le lever du soleil sur le Salar nous attendait. Ce fut fabuleux. Un rêve. Cet endroit ressemble au paradis. A cette période, le Salar est en partie submergé, et il nous a offert un sublime miroir d’eau, reflétant les couleurs rosées du ciel et des nuages. Nous avons fait une multitude de photos, y compris les photos marrantes avec des jeux de perspectives, vous savez celles que tout le monde fait au Salar ? C’était magique, mythique. Un rêve de réalisé. C’était la dernière découverte de notre périple. Nous devions terminer la journée à Uyuni, puis retourner à Villa Mar, pour y passer la nuit, avant de rejoindre la frontière chilienne le lendemain matin.

Toujours bien accompagnée 🙂

Mais voilà que, sur le chemin entre le Salar et l’arrivée à Uyuni, notre guide reçoit un appel. Il nous dit alors de but en blanc qu’il ne pourra pas nous ramener à la frontière aujourd’hui et qu’il nous faudra rester ici une nuit. Comment ça il ne peut pas nous ramener à la frontière aujourd’hui ? C’est pas demain que nous devions y aller ? Si, mais demain non plus on ne pourra pas y aller…Nous comprenons que la frontière par laquelle nous sommes entrés en Bolivie 2 jours plus tôt, est désormais fermée. Lui, avec la voiture de l’agence, pourrait bien nous y emmener, mais personne ne pourrait nous faire passer de l’autre côté. Bon, réfléchissons. Nous avons tout le reste de nos affaires à Atacama et surtout, rester en Bolivie n’était pas le plan initial : Julie et Adrien doivent poursuivre vers l’île de Pâques, et moi je veux retourner 10 jours à Buenos Aires avant de repasser par la Bolivie. Nos deux amis bretons par contre, prévoyaient de rester en Bolivie.
C’est la panique. On essaye de comprendre ce qui se passe, avec notre guide, mais ce n’est pas très clair.

Nous étions sans wifi pendant 3 jours, qu’est-ce que c’était bien. Là, c’est le coup de massue. Nous comprenons enfin que les frontières ferment à cause du Corona Virus (putain ! pardon…merde ! fait chier ! pardon.. ). Le petit poste-frontière d’entrée a fermé aujourd’hui et le plus grand fermera demain soir. Nous devons nous dépêcher. Le guide nous propose d’aller à l’agence, à Uyuni, pour trouver une solution. Nous lui demandons de ne pas faire la toute dernière visite – nous devions voir un cimetière, pas hyper réjouissant pour le coup – et de nous y amener directement. Là on tente de négocier : on a payé pour rester une nuit et rentrer demain, alors si on rentre aujourd’hui, comment on fait ? Rien à faire, pas de remboursement possible et il va falloir payer le trajet retour en plus. Soit. Mais lequel ? Les dames de l’agence ont bien bossé, on les entendait gueuler au téléphone pour tenter de nous trouver un moyen de transport. La première proposition est quelque peu anxiogène pour moi : on peut nous emmener tous les trois jusqu’au poste de frontière encore ouvert, mais ensuite de l’autre côté de la frontière, dans le bus pour Calama (ensuite nous aurions du prendre un autre transport pour Atacama) il n’y aura que 2 places. La logique ? Ne me demandez pas… L’un de nous doit donc rester ici une nuit supplémentaire. Voyageant avec un couple, le choix était vite fait…ça aurait été à moi de rester, seule, en Bolivie, avec les frontières qui se ferment au fur et à mesure. Chouette !
J’ai supplié, de me laisser prendre le bus, même dans l’allée, je m’en fiche moi de pouvoir m’assoir, je veux juste rentrer au Chili. Pas possible qu’elle me dit, le chauffeur pourrait avoir une amende. On est en Amérique du sud ou pas ? on s’en fou des lois ici, non ? Hé bien non.
La dame cherche encore une autre solution, crie encore au téléphone.

Pendant ce temps, nous, on tente de se calmer avec nos familles au téléphone. Ils ne sont pas au courant de ce qui se passe exactement ici. Ils ont entendu parlé de la fermeture des frontières, vaguement. Ils ne sont pas encore si inquiets, tout va bien.


Finalement, elle a trouvé ! Nous avons tous les trois une place dans un bus jusqu’à la frontière, puis jusqu’à Atacama. Ouf !!
Mais il faut se dépêcher car il faut passer la frontière avant que le poste ne ferme : les horaires ne sont pas extensibles, même en période de crise mondiale ! Le prix est un peu plus cher que le premier annoncé, mais soit, on embarque ! Nous rejoignons une jeep, déjà occupée par…4 brésiliens. Oh joie ! Pour la petite histoire, encore, on les connaît de vue ces brésiliens : du genre à prendre des selfies à tour de bras sans même observer le paysage, du genre à marcher là où c’est interdit juste pour faire des photos instagramables. On se les ait coltinés pendant le périple, dans des jeep et tour différents, et voilà qu’on doit partager nos galères, nous voilà ravis !
Nous sommes partis très vite et avons à peine eu le temps de dire au revoir à Anaëlle et Pierre, restés en Bolivie… Quelle tristesse !

Le trajet jusqu’à la frontière est une horreur. Nous sommes entassés à trois sur la banquette arrière. Vous savez, celles dans le coffre, qui n’est censée servir qu’en cas d’urgence ? Ben voilà. Pas confortable pour un sous. Et ces Brésiliennes qui ne prennent même pas la peine de nous ouvrir la banquette quand il s’agit de descendre de la voiture.

Le trajet est long jusqu’à la frontière. On doit faire pipi. On ne tiendra pas. On tente de demander un arrêt au chauffeur, il y a un village à 1km. Le chauffeur est d’accord, ouf. Mais il nous arrête au milieu de nul part, sous l’orage qui commence à gronder et nous dit qu’on a 1 minute, car il faut se dépêcher. On court chacun dans un coin, comme on peut. Un pipi plus rapide que l’éclair ! Nous réembarquons. Nous arrivons à la frontière à 18h10. Celle-ci ferme normalement à 18h, mais heureusement les gardes sont encore là ! Ouf ! Nous faisons tamponner nos passeports et sortons officiellement de Bolivie. Oui, mais quelqu’un pourrait nous ouvrir le portail pour qu’on entre au Chili ? On attend encore 20 minutes. C’est long. Surtout quand on ne sait pas si on va devoir passer la nuit dans le no-mans-land ou si on va pouvoir entrer au Chili.

Le portail fini par s’ouvrir et on part, vite, vers le prochain poste-frontière. Le bus pour Atacama nous récupère avant-même qu’on fasse tamponner nos passeports. La logique, de nouveau ? Je ne sais pas, je ne sais plus. On est 3 jeeps de 5-6 personnes, on sort en vitesse, on récupère nos sacs qu’on transfert en vitesse dans le bus. Tout se fait très rapidement, tout le monde est stressé, on se croirait vraiment en temps de guerre. On évite les bombes.
Ils nous font remplir une liste des passagers, une déclaration sur l’honneur pour le corona (que personne ne va lire ni contrôler par la suite…) et la déclaration des biens pour la douane. On fait la file pour faire tamponner nos passeports. Ouf, nous sommes au Chili. On récupère, encore, nos sacs pour refaire la file et faire contrôler ce que nous importons. Vraiment, ne me demandez pas la logique de faire deux fois la file. J’ai arrêté d’essayer de comprendre le fonctionnement de la frontière chilienne.
Nous déclarons nos fruits secs et nos pommes. Les fruits ne sont pas admis. Ils ont été acheté au Chili, mais peu leur importe. Comme on dit entre-nous, au Chili, c’est plus facile de passer avec de la drogue qu’avec une pomme. Heureusement, on avait mangé nos pêches avant le poste-frontière (ah-ah-ah).

Tout le monde a fini la paperasse, tout le monde est accepté au Chili. Nous réembarquons et partons pour Atacama. Quel trajet… Il fait nuit noire. La fille derrière moi respire avec difficulté. L’angoisse. Et si elle était porteuse ? Merde. Je psychosomatise. Je tousse. Sortez-moi de là !
On arrive à Calama vers 22h30. Chouette, il ne devrait rester plus qu’une heure. C’est sans compter le chauffeur qui roule à 30 au lieu de 100km/h! Ça m’a démangé de prendre le volant…
Bref, on arrive vers 1h. Cette journée d’ascenseur émotionnel est terminée. Enfin, presque, c’était sans compter mon insomnie.
Nous dormons à l’airbnb que nous avions avant de partir, où nos affaires étaient restées. Heureusement il avait de la place.

Mardi 17 mars 2020

On était censés être entre bus et frontières le matin. Mais ça, c’est fait. Alors, on tente de dormir, et on squatte internet pour tenter de comprendre ce qu’il se passe et ce qu’on doit faire. Evidemment, mon vol pour Buenos Aires ça ne va pas le faire: il n’est ouvert qu’aux ressortissants Argentins.
Donc, on comprend bien vite que toues les frontières sud-américaines et mondiales, ferment les unes après les autres.
Mon vol pour la Chine avait déjà été annulé pour cet été après la fermeture des frontières américaines, mais ce jour-là je n’aurais jamais pensé que tous les pays feraient pareil.

Je n’ai dormi que quelques heures. La réflexion est difficile : tenter de rester ou tenter de rentrer en France ? J’appelle mes parents en pleur et la décision s’impose : tenter de rentrer. C’est si difficile. Je suis fatiguée. Mon rêve s’écroule. Le projet d’une vie, celui de partir 12 mois sans retour entre temps, pour vivre des expériences, pour me découvrir un peu plus, pour aller à la rencontre des gens, des cultures, des paysages, des différences. Un projet pour lequel j’ai économisé pendant 1 an et demi, pour lequel j’ai mis ma vie en pause. Je n’ai plus d’appartement et je n’ai plus de boulot jusqu’à janvier 2021. Où vais-je aller ? Suis-je assurée en France, en Suisse ? Que vais-je faire ? Combien de temps ça va durer ? Est-ce que c’est vraiment mieux en France ? Est-ce que je ne pourrais pas trouver un volontariat ici pour ne plus bouger et attendre que ça passe ?

C’est le bordel dans ma tête et j’ai le cœur lourd.

Mes amis vont rentrés eux, c’est sûr. L’Ile de Pâques était leur dernier arrêt. Ils ne peuvent pas non plus y aller, les vols sont annulés. Ils vont tenter de rentrer et je ne veux pas rester seule ici. Je devrais être à Buenos Aires, avec un appartement et en bonne compagnie. Mais ça n’est pas possible, alors à quoi bon ? Ok, je vais rentrer, revoir mes proches au moins. Mais bordel, ce que c’est dur. Je pleure, beaucoup, et puis je me met à chercher des vols, à envoyer des mails aux ambassades (Chili, Argentine..) à airfrance, à mon assurance (merci papa, maman de faire des démarches depuis la France!)… Personne ne répond, ou répond à moitié.
Bref. La matinée passe.
Nous discutons avec d’autres français à midi. Eux se demandent encore s’ils ne vont pas essayer de rejoindre un autre pays qui ne serait pas encore fermé.
Ils n’ont rien compris.
L’idée c’est d’arrêter de bouger pour arrêter la contagion, pas d’aller contaminer des pays qui ne le seraient pas encore..!
J’ai envie de leur hurler des insultes.
Suis-je la seule à devoir arrêter mon voyage aussi tôt ? Suis-je aussi la seule à me soucier des populations que je pourrait contaminer, sans le savoir , (adieu l’idée de volontariat, pour cette raison) ? Je me sens bien seule. Je vais sur les réseaux sociaux pour tenter de trouver des solutions, mais c’est encore plus anxiogène. Et ce que les gens sont cons. Merde. L’entraide c’est parfois difficile à trouver. Il y a des voyageurs qui se demandent comment faire pour contourner la quarantaine, le confinement, certains se demandent s’ils ne devraient pas acheter un vélo pour pouvoir continuer de bouger malgré les bus et les avions qui s’arrêtent. Non mais, vraiment ?! C’est grave, très grave. Je perds foi en l’humanité.

Bref. L’après-midi passe.
Le soir, heureusement nous nous offrons un beau moment de décompression : une soirée sous les étoiles. Nous avions réservé avant tout ça : une petite soirée explicative sous la voie lactée. Et notre guide, français, est un véritable humoriste. Il nous livre ses explications d’astronome, sur fond de one man show, c’est exquis ! Il ne s’arrête plus tant il est passionné et nous terminons bien tard.

Mercredi 18 mars 2020

Ça démarre mal. Après Adrien hier soir, Julie est très malade. Ils ont dû boire quelque chose qui ne passe pas. Moi ça va.
Aujourd’hui, c’est jour de vol pour Santiago. C’était prévu comme ça, on va voir si on peut monter dans cet avion, pour le moment il n’est pas annulé.

On passe la journée à tenter de s’organiser. Deux chiliennes très sympas qui logent également dans l’airbnb (c’est un genre d’hostel en fait…à Atacama tous font leur business avec les touristes!), nous mettent en contact avec un amis à elles à Santiago, qui a une hostel et pourrait venir nous chercher à l’aéroport. Mais c’est un peu tendu : il y a une dame âgée dans l’hostel, et ils ont peur qu’on les contamine. On sent la tensions monter un peu partout. Les hotels commencent à fermer leurs portes aux étranger.
Ici aussi la pharmacie est en rupture de stock de masques, gants et gel antibactérien. Mince ! Les magasins et tours opérateurs commencent à fermer et notre boulangerie française préférée ne fait plus que à l’emporter et nous sert avec des masques. Bon, il faut qu’on parte.
Nous faisons nos sacs, et c’est partit pour l’aéroport de Calama. Nous y sommes à 18h00 pour rentre la voiture de location et notre vol est à 21h30. On nous dit de se présenter à 20h00 au check-in, ça me paraît court, mais soit. On fait la file comme tout le monde. Ça n’avance absolument pas, nous avons dû faire un mètre en 30 minutes. La file est longue, on ne passera jamais à temps pour ce vol. Finalement à 20h50, ils demandent aux passagers ayant un siège de s’avancer. Ah bon ? Alors, on s’avance, je tend mon passeport dans l’espoir d’enregistrer enfin mon sac. L’hôtesse me rétorque que je n’ai pas de siège dans l’avion et que l’avion est complet. Alors que j’ai avec moi le mail de confirmation de mon vol, et que lors de la réservation j’ai choisi mon siège en ligne. L’erreur a, je pense, été de ne pas faire le check-in en ligne. Ce n’est pas la chose à laquelle j’ai pensé ces dernières heures. Quoiqu’il en soit, on ne peut pas prendre cet avion. Elle nous demande de continuer de faire la file et on verra s’il reste de la place dans celui de 23h30 ou celui de 9h le lendemain…
Heureusement, on évite le scandale, et on monte dans celui de 23h30.

Jeudi 19 mars 2020

Nous arrivons vers 2h du matin dans le hall de l’aéroport de Santiago. C’était le vol le plus inconfortable de ma vie, heureusement qu’il n’a duré que 2 heures.. Pire qu’easyjet…horrible.

C’est partit pour une nuit dans l’aéroport. C’était prévu comme cela au départ, puisque mon vol pour BsAs était à 7h, mais c’était censé être beaucoup plus fun.
Là j’ai passé mon temps sur les comparateurs de vols, le site de l’ambassade, le site du gouvernement français, le site d’air france chili. J’ai mandaté mes parents pour me chercher des vols, une copine aussi (merci Caro !). Adrien et Julie ont également mandaté leurs parents. J’ai dû dormir 1h30 et à 6h00 Adrien me réveille en me disant que son père nous a acheté un vol, à tous les trois, pour lundi 23. Et au prix normal.

Ah oui parce que je ne vous ai pas dit, ce n’était pas un rapatriement à proprement parler. On doit se débrouiller seuls pour trouver un vol et là-dessus AirFrance joue avec la peur et la panique des gens et pratique des prix juste exorbitants : 2000, 3000 parfois même 20000 euros. Mais où va le monde ? Nous on l’a eu à 560 euros, ce qui est le prix à peu près normal.

A 7h on va tout de même devant le guichet d’AirFrance, car on aimerait bien déplacer notre billet pour pouvoir partir avant le 23. On a entendu que les vols s’arrêtaient le 22. La stratégie était de devenir client d’Airfrance, ce qui nous donnait plus de chance pour être sur un vol de retour…
A 7h on était déjà les quinzièmes de la file…ben oui on a pas pensé à dormir devant, à même le sol, nous on avait choisi des fauteuils. Bref. On fait la file, on retrouve des français vus la veille à Calama, on fait connaissance. Arrivés au guichet vers 10h00, on dit avoir un billet pour le lundi mais que nous souhaiterions partir plus tôt. On nous indique de faire la file devant la porte 28 à 15h, pour tenter d’être inscrits sur la liste d’attente du jour ou du lendemain. Il est 10h, on va donc constituer cette file. Nous en profitons pour se détendre avec des jeux de société, on fait connaissance, on déjeune. Bref, on tue le temps. Vers 14h on apprend qu’en fait il ne fallait pas faire de file ici, on nous dit qu’il n’y a pas de liste d’attente, en fait si, en fait non, on ne sait plus. La dame du guichet reviens vers nous et nous dit qu’elle ne nous a jamais dit de venir ici. Ah bon ? Elle nous apprend qu’en fait nous n’avons pas de billet d’avion, seulement une réservation. Nous ne savions pas que c’était possible. Nous avons donc réservé un billet d’avion via le site internet d’Air France au Chili, nous avons payé, reçu un mail de confirmation mais nous n’avons pas de billet. C’est à devenir fou. Le ton monte. Finalement, elle nous propose d’essayer de nous confirmer notre billet. Ben tiens, oui! Ça aurait été bien de le faire ce matin à 7h.
Pendant ce temps, comme si c’était pas encore suffisant, une charmante dame, furieuse de voir qu’on lui passe devant dans la file viens me dire ce qu’elle en pense. J’ai beau lui expliquer que nous avons déjà fait cette file-là à 7h ce matin, rien n’y fait. Le ton monte, la pression monte. Elle fini par battre en retraite. Heureusement pour elle.

Nous nous voyions confirmer le billet, ouf !!! Et l’avion est confirmé également. Par contre, nous n’avons pas le droit de nous inscrire sur la liste d’attente : elle est réservée à ceux ayant un billet après le 26 mars, annulé. Cette logique là je la comprend. Ou presque. Car cela veut dire que les personnes arrivées après moi à l’aéroport vont partir avant. Mais enfin, du coup, épuisés, on décide finalement de prendre un hôtel en attendant…lundi. Nous prenons un hôtel à 4km de l’aéroport, duquel nous ne sortirons pas, de peur d’être escortés par la police chilienne en confinement, et de ne plus pouvoir rejoindre l’aéroport.

Vendredi 20 mars 2020

Journée à l’hôtel. Début de la saison 1 de la série YOU. Entre chaque épisode, une pause réseaux sociaux, alternant vidéos marrantes de personnes en confinement qui pètent une durite (Oui oui je vous assure, c’est quand même assez drôle et le confinement développe vraiment la créativité!) et messages angoissants de voyageurs compatriotes coincés à l’étranger.
Journée abrutissante, les yeux rivés sur les écrans.
Je vous décris ce qu’on a mangé aussi ? Non je vais m’arrêter là, rien de passionnant.
Le voyage a vraiment pris une toute autre tournure.

Samedi 21 mars 2020

Deuxième journée à l’hôtel. Suite de la série. Même alternance. Même menu du restau de l’hôtel. Tout pareil. Nous rajoutons un tour du pâté de maison histoire de se dégourdir les jambes et de voir le coucher du soleil.

Dimanche 22 mars 2020.

Nous sommes au taquet pour faire le check-in online à 10h30. Cette fois, nous aurons un siège attribué !
Journée au soleil sur la terrasse de l’hôtel. Nous ne le savions pas la veille… Discussions animées avec un couple franco-péruvien expatriés Suisses. C’est fou ce qu’on rencontre de chouettes personnes dans l’attente.
Eux ont leurs enfants coincés au Pérou et voudraient rentrer en France. Ils ont été expulsés de l’Ile de Pâques, étaient à deux doigts de pouvoir entrer au Pérou mais se sont fait débarquer de l’avion avant le décollage pour fermeture immédiate des frontières. Elle, péruvienne, aurait pu y aller, mais seule. Ils lui ont demandé de choisir entre ses enfants et son mari, mais comme elle a mis plus de 2 minutes à se décider, ils l’ont laissé là. Des histoires comme celles-là on en a entendu beaucoup. Malheureusement.

Téléphones aux parents, cousines et copines pour faire passer le temps. La journée passe vite.

Lundi 23 mars 2020

JOUR J. Matinée rangement (le dernier ?) des sacs, puis départ pour l’aéroport sur les coups de midi.
On y retrouve des copains voyageurs de Julie et Adrien, qui rentrent également au bercail en urgence. L’ambiance est beaucoup plus calme qu’il y a 3 jours. Il n’y a plus personne au guichet d’Air France, ni voyageurs, ni hôtesses. Il n’y a plus de file non plus pour figurer sur la liste d’attente. A croire que nous sommes les derniers. Nous faisons le check-in sans problème, le passage de sécurité sans problème et nous embarquons enfin.

Le vol est complet. La distance d’un mètre ne peut donc évidemment pas être respectée. Nous voici dans un bon bouillon de culture, pour 14h de vol, youpi !

Mardi 24 mars 2020

Le vol se passe bien. Quelques turbulences, 4 films, et 2 heures de sommeil plus tard, nous attérissons à Paris Charles de Gaulle. C’est la première fois que j’applaudis : la cheffe de cabine a remercier les hôtesses et stewards qui se sont dévoués pour aller chercher les compatriotes.

Ensuite, aucun contrôle sanitaire. Ah elle est belle la France ! On opte pour un confinement mais on ne fait aucun contrôle sanitaire pour les voyageurs qui rentrent. Bon, sur le moment ça m’arrange de pouvoir rejoindre la maison sans embûches, mais franchement, va-on y arriver de cette façon ?

Nous sortons de l’aéroport tranquillement. Nous enchaînons deux RER pour rejoindre la gare de Lyon. C’est vide. La station Châtelet les Halles est vide. C’est impressionnant et c’est sans doute, j’espère, l’unique fois que je pourrais voir ça. Le RER est vide et la gare de Lyon n’est pas encombré. Tout est fermé, on ne peux rien à acheter à manger. Au grand damne de mon ventre qui gargouille. Il est 13h. Notre train de 14h14 pour Lyon est bien annoncé. Là la SNCF a pris des mesures : les trains sont presque vides pour pouvoir laisser de l’espace entre les passagers. Chouette. Mais toujours pas de contrôle, ni sanitaire..ni des billets!

Un RER désert.. 🙂

2h plus tard, c’est mon papa que je retrouve à la gare ! Je dis au revoir aux copains. Sans bisous ni câlins, pour ne pas inciter les autres – parce que nous après 3 semaines ensemble, franchement on aurait pû! Nous nous promettons de nous revoir, Grenoble-Annecy c’est pas loin et on est tous trois fans de rando et voyages. Le rendez-vous est pris.

C’est fini. Punaise, c’est fini. J’ai du mal à y croire. C’est un peu comme si on m’avait parachuté ici. Où est mon voyage ? Je vais devoir me replonger dans mes photos pour y croire.

Et puis…

C’est la fin de cette partie de mon périple. Je suis arrivée à destination, en France, chez mes parents. Je ne suis pas entrée dans la maison, seulement dans la chambre d’amis au sous-sol avec entrée séparée. Je ne les ai pas serrés dans mes bras, ni même embrassés. Je me confine pour le moment. Pour le bien de tous. Mais on va bien et merci à eux de m’accueillir avec tant d’amour et de bienveillance 🙂

Confinement grand luxe, je ne vais pas me plaindre

Dès que ça se calme, dès que le virus est derrière, je repars. N’importe où. Espérons simplement que ce ne soit pas en novembre…histoire d’avoir le temps de profiter de mon année sabbatique.

C’était très dur d’accepter de rentrer. L’impression de ne pas être à ma place, nulle part. J’aurais voulu vivre cette période avec mes proches, mes collègues, mais j’aurais voulu continuer de voyager aussi. L’impression qu’on me retire mon jouet, qu’on me retire une partie de moi. Quelle frustration. J’ai été en colère aussi, contre le gouvernement qui promet des choses qui n’arrivent pas (c’est pas nouveau…), contre l’ambassade et airfrance qui ne répondent pas. J’ai paniqué. J’ai eu peur, j’ai pleuré, j’ai eu envie de hurler.
Et puis, ensuite, après coup, je me dis qu’ils ont tout de même réagis assez vite pour affréter des vols supplémentaires. Mais lorsqu’on est dans l’attente, des heures paraissent des semaines..
Et je pense à mes amis voyageurs restés coincés en Argentine, en Bolivie, au Pérou…Je ne peux m’empêcher d’angoisser pour eux. J’espère qu’une solution sera trouvée pour eux. Mais les vols s’arrêtent le 31 mars…
Je pense aussi à tous ces pays touchés par le virus qui n’ont pas nos moyens sanitaires et de soins. Ces pays qui vivent en grande partie du tourisme et qui vont donc subir une immense perte économique. J’ai peur pour eux.
Pour tout ça, pour l’humain : respectons le confinement. Ce virus ne doit plus se propager, il ne doit pas gagner !

Je réfléchis déjà au sens de tout ça et à la suite à donner. Et pour le style…ben on s’en fou puisque je ne peux pas sortir ! Hihi 😀

Je m’en souviendrais de ce corona. Plus tard, je pourrais dire « oui c’est moi qui ai choisi de partir faire un tour du monde l’année du corona, tu sais ? ». N’importe quoi. Étape incontournable, qui n’anéantira pas tout je l’espère.

La nature est en train de reprendre ses droits pendant que nous sommes confinés. Comme quoi, il y a du bon aussi. Souvenons-nous en lorsque le confinement sera levé.
En espérant que tout ceci n’ait pas servi à rien. J’espère que nous n’avons pas tous mis notre vie en pause, pour rien !

Heureusement que j’ai retrouvé cette vue ❤
Et un peu de printemps pour nous consoler!
Faisons attention aux détails ❤


Quedamos a casa et take care of ourselves ! Por favor ❤

Marine

P.S :
Pourquoi la décision de rentrer ? >> parce que toutes les frontières étaient fermées, ainsi que tous les transports internes. Je ne pouvais plus bouger. L’idée du volontariat m’a traversé l’esprit mais j’avais trop peur d’être porteuse saine et d’aller contaminer une famille qui n’avait rien demandé. Je ne voulais pas rester confinée seule au Chili et enfin, je voulais être avec mes proches.
Est-ce que ça m’a dégouté des voyages ? >> Non, jamais !
Vais-je repartir ? >> Oui ! et évidemment que je vais attendre que la crise soit passée et que les frontières réouvrent. Je ne ferai pas de bêtises, promis. Et si l’étranger ne nous est pas accessible pour un temps, j’irai faire un tour de France ou de Suisse, ou d’Europe.. La planète est vaste. Pas nécessaire de me faire la morale, merci.
Que deviennent mes billets d’avion suivants ? >> Je n’en sais rien encore, pour le moment je les repousse jusqu’à pouvoir les utiliser. Le prochain c’est bogota-mexico, à voir si je pourrais le prendre. Si non, tout le reste s’annule. C’est le deal avec un « billet tout du monde ». Advienne que pourra.
Pourquoi je ne suis pas rentrée en Suisse ? >> Parce que je n’y ai plus d’appartement, que je ne voulais contaminer personne et qu’en plus…je suis partie sans mon permis de séjour, donc pas sûre de pouvoir entrer sur le territoire par voie aérienne..!
Kiss..


Une réflexion sur “Voyage et Corona ou comment ce virus a ruiné tout mon projet.

  1. Beaucoup d’émotions en lisant ton blog. C’est de très mauvais moments passés et à passer… Regardons vers l’avenir, quand le tourbillon de la vie reprendra le dessus après que nous aurons anéanti le covid 19. Je te serre tendrement dans mes bras virtuels
    Et le plus vite possible à te lire dans la suite de ton voyage…

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