Partir : J-38

Patagonie – El Calafate – Argentine, avril 2018

Je ne voulais pas croire tous ceux qui me disaient que j’étais courageuse de partir. Je ne voyais pas trop qu’est-ce que venait faire le courage là-dedans, j’avais tendance à sous-estimer l’importance de ce que je m’apprêtais à faire : partir une année, seule, en voyage autour du monde. Dis comme ça, pour moi cela résonne plutôt comme une succession de voyages, comme j’ai déjà pu faire, seule. Alors, je répondais : « merci, mais je ne crois pas que je sois tellement courageuse, tout le monde peut le faire, et je ne suis de loin pas la première à partir ! ».

Je ne voulais pas croire que j’étais courageuse, jusqu’au jour où…j’ai dû rendre mon appartement. Jusqu’au jour où j’ai dû dire au revoir à cet endroit qui m’a accueilli pendant un peu plus de 5 ans. Cet endroit que j’avais façonné à mon image et que j’affectionnais tant.

Il en faut du courage, en fait, pour se dire un jour, « aller je mets toutes mes affaires dans des cartons, avec retour chez papa-maman pour un an, je quitte mon appartement et je mets mon boulot en pause, pour partir vadrouiller, toute seule ». Bordel, qu’est-ce que j’ai fait ? Oui, ça c’est ce qu’on se dit après, bien après, quand le départ approche, que rien n’est prêt et que la majorité de ses affaires sont dans des cartons (« ne pas hyper-ventiler, ne pas hyper-ventiler…ok je respire… »). A ce stade, c’est certain, il faut y aller. Tu as décidé de tout plaquer ?…assumes ma vieille ! Tu aurais aussi pu sous-louer ton appartement pour ne pas t’emm***er à tout déménager ? Oui, mais tu n’as pas fait ce choix alors débrouilles-toi avec tes émotions ! Na !

J’avais envie d’écrire ces quelques lignes alors que justement j’ai passé la journée à emballer mes affaires, 4 jours avant mon déménagement. Non, je ne suis pas en avance. Oui, c’est la panique. Tellement, que mon papa est venu m’aider à tout mettre dans des cartons. Moi je n’ai plus l’esprit assez organisé ces derniers temps pour y arriver toute seule, finalement. Et c’est peut-être plus facile de dire au revoir quand on est si bien accompagnée. Merci.

J’avais envie d’écrire ces lignes pour dire à quel point c’est dur de partir. Parce que quand on dit que l’on part pour un an de voyage, qu’on arrête de travailler pendant un an, les réponses sont souvent : « oh il y en a qui ont la belle vie ! », « tu as de la chance ! ». Certes, je vais probablement avoir la belle vie, mais jalonnée aussi de coups durs, de moments de doute, de remises en questions, et puis ça ne m’est pas tombée tout cru dans la bouche, j’ai bossé dur pour y arriver ! Le seul point où je peux admettre que j’ai eu de la chance, c’est l’accord du congé sans soldes, par mon employeur. Ça, c’est sûr c’est complètement fou et je ne peux qu’en être reconnaissante ! Mais bref, là où je voulais en venir c’est qu’en entendant des réponses de la sorte, je trouve que c’est difficile de se sentir légitime de dire « non mais en fait, tu sais, c’est dur ». Parce que oui c’est quand même dur, comme toute décision à prendre, comme tout grand projet de vie. Ce ne sont pas juste des « vacances ». Je ne vais pas rentrer entre chaque périple, je ne vais pas retrouver mon chez-moi après quelques semaines.

C’est dur de prendre la décision de partir, de laisser ses affaires, son travail, ses collègues (et petits patients, dans mon cas..), ses amis, sa famille. C’est dur de savoir que la vie de toutes les personnes qui me sont chères va continuer, sans moi, que tous leurs moments de bonheur vont se dérouler sans moi, mais aussi que tous les moments où je pourrais les soutenir, se feront sans moi (oui, oui, ça fait très égoïste…j’entends déjà les « oui mais tu va vivre des moments incroyables.. ». L’un n’exclue pas l’autre !).

C’est dur de tourner cette page. C’est dur de quitter un chez-soi, des habitudes. C’est dur de ne pas savoir à quoi s’attendre, à quoi on va être confronté dès le décollage du premier avion. C’est dur de ne pas savoir si les amis, si la famille vont maintenir le lien malgré la distance.

Ce n’est qu’un au revoir, à eux, à ma vie d’ici. Je reprendrai tout, sous une autre forme, et dans un délai plus ou moins long, plus ou moins fixé.

Cette période de préparation est pour moi pleine d’émotions différentes : angoisses, panique, euphorie, colère, amour, tristesse, reconnaissance. J’ai parfois l’impression de ressentir la même émotion de veille de vacances que lorsque j’étais petite : des papillons dans le ventre et de l’excitation en pensant au trajet du lendemain qui mènera au lieu de vacances. C’est la même chose si je m’imagine embarquer mon sas à dos et aller à l’aéroport. Sauf que cette fois, j’irai entourée de ma famille, pour les serrer dans mes bras une dernière fois avant un long moment. Et là c’est l’angoisse et les larmes qui prennent le dessus.

Alors pour ne pas trop penser, on emballe, on fait du Tétris©, on pousse, on ferme le carton, on scotch et on case dans le camion, on nettoie derrière nous, on dit au revoir…et on dit MERCI.

Plus de retour en arrière possible, alors on y va, on saute ! Prêts ? Plongez !

Il paraît que c’est cela sortir de sa zone de confort.

Il paraît que c’est bénéfique, alors allons-y ! Mais préparez-vous : le voyage ne sera pas de tout repos, et le pré-voyage non plus !!

Croyez-en vous !

Et restez connectés, je vous conterai la suite.

Cariños,

Marine


2 réflexions sur “Partir : J-38

  1. Quelle magnifique idée de partager cette expérience et toutes les émotions qui s’y accolent !
    Oui je suis parfaitement d’accord, il en faut du courage !! Je me réjouis Marine de pouvoir suivre tes avancées et découvertes.
    Grosses bises.
    Christine

    Aimé par 1 personne

  2. Je ne suis pas encore tout à fait au point, mon précédent commentaire ne t’est pas parvenu.
    Je disais donc que oui du courage il en faut pour un tel périple.
    J’attends avec impatience le récit et nouvelles de tes visites des mondes extérieurs.
    Bon courage
    A te suivre ….

    Aimé par 1 personne

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